Nous voyons qu'au travers de l’appel qui est à la base de la vocation de Paul, que le fait d’avoir part aux souffrances de Christ faisait partie du programme de dieu pour ses serviteurs. Les souffrances de Christ, nous l’avons vu, ne sont pas n’importe quelle souffrance. Ce sont les souffrances que le Christ a vécu comme témoin de Dieu dans un corps humain et dans un monde hostile. Ces souffrances, nous l’avons vu également, peuvent être de trois ordres, provenir de trois origines et se classer dans trois catégories :
- Souffrances d’ordre physiques : hostilité du monde : source : Satan.
- Souffrances d’ordre moral : difficultés relationnelles : source : relations humaines.
- Souffrances d’ordre spirituel : fardeau du ministère : source : la volonté de Dieu.
Si elles donnent un ordre d’idées, les divisions entre ces différentes sortes de souffrance ne sont pas totalement étanches. Elles donnent juste, en chacune d’elles, une idée des éléments les plus dominants.
Ceci étant dit, la question que nous allons nous poser ce matin est de savoir en quoi le fait de participer aux souffrances de Christ sert-il le dessein de Dieu dans notre vie ? Quel but, quel bénéfice Dieu vise-t-il, pour nous et la communauté dont nous faisons partie, en nous permettant de vivre et de passer par certaines souffrances, qui sont les souffrances de Christ ? Réponse de Paul en 2 Corinthiens.
Les bienfaits de notre participation aux souffrances de Christ :
1er bienfait : l’expérience de la consolation divine : versets 3 et 4a.
Le 1er bienfait immédiat duquel Paul témoigne, en pensant aux souffrances qu’il a connues, est le fait que, par elles, il a eu l’occasion comme jamais de faire l’expérience de la consolation de Dieu dans sa vie. Paul ressort de son expérience avec une certitude qu’il applique à tous ceux qui passent par le même chemin que lui : verset 7 : ceux qui ont part aux souffrances de Christ ont obligatoirement part à la consolation.
Si la souffrance (physique, morale ou spirituelle) n’est agréable pour personne, Paul est certain d’une chose à son sujet. Elle est l’occasion unique pour l’enfant de Dieu de faire l’expérience de la proximité et de la tendresse de Dieu dans sa vie. Le chrétien peut, certes, souffrir, de l’opposition et du rejet des autres à cause de sa foi. Mais cette souffrance n’est rien et vite oubliée en comparaison de la certitude et de la joie qu’il éprouve au fond de lui-même, de savoir qu’en cet instant même plus qu’à n’importe quel autre, Dieu est avec lui.
Comme Jésus, le chrétien fait alors l’expérience que d’être seul, mais avec Dieu, contre tous est un bonheur, une joie et une sécurité pour l’âme plus grands que le fait de se trouver dans la majorité, mais séparé de Lui et sans certitude et soutien pour affronter les grands problèmes de la vie. Rappelons-nous toujours que, dans ce monde, comme Jésus l’a vécu, la fidélité à Dieu passe souvent par la rupture et l’isolement d’avec les autres. Mais cette rupture et cet isolement sont aussi le moyen et l’occasion extraordinaires qui nous sont donnés de faire l’expérience du lien indéfectible (qui ne peut faire défaut) qui nous unit à Dieu, en Christ, et par l’Esprit.
2ème bienfait : la participation aux souffrances de Christ engendre la sympathie et fortifie notre capacité de compassion pour les autres : (verset 4b).
La souffrance dans la vie du croyant a le même effet que les adoucisseurs pour l’eau qui passe au travers de ses différents filtres. Elle élimine de lui les particules qui le rend agressif et font que le contact avec les autres soit parfois si difficile.
Ainsi, nous ne devons jamais perdre de vue que ce que nous vivons avec le Seigneur ne nous concerne pas seulement, mais l’ensemble de la communauté, y compris les personnes non chrétiennes qui font partie de notre entourage. Car, comment Dieu pourrait-il représenter un espoir pour les non-croyants handicapés, dépressifs si aucun croyant ne pouvait témoigner, qu’ayant déjà été dans ce cas, il a fait l’expérience de l’aide et du soutien que Dieu a été pour sa vie ?
C’est parce que le Christ a été homme, qu’Il a été tenté et éprouvé en toutes choses, que l’on peut, dit l’épître aux hébreux, nous approcher avec assurance de Lui pour obtenir miséricorde et trouver grâce en vue d’un secours opportun : (Hébreux 4,16). Comparons la vie de Saul de Tarse, avec toute sa violence et sa haine, et celle de Paul, si pleine de patience et de support à l’égard des autres ; ou celle de Jean, le fils du tonnerre, si sectaire et intransigeant avec l’apôtre qui écrit les épîtres de l’amour. Nous comprendrons alors toute la portée de la souffrance comme élément vital dans le programme de Dieu pour faire d’un cœur de pierre un cœur de chair.
3ème bienfait : la participation aux souffrances de Christ est une école de formation pour la foi : versets 9 et 10.
Confronté à la possibilité d’une mort imminente, Paul ne pouvait plus espérer qu’en une seule chose : le secours providentiel de Dieu. Arrivé au point zéro de ses possibilités, il a fait l’expérience que c’est lorsque l’homme ne peut plus, et que tout semble perdu, que Dieu peut le plus. La souffrance a été ainsi pour lui le terrain sur lequel il a appris à croire en Dieu pour ce qu’Il est : le Dieu qui, comme Il l’a fait pour Jésus-Christ dans la situation de détresse et d’extrémité la plus grande, se montre comme le Dieu souverain, maître de la mort, de la vie et de toutes circonstances, le seul Dieu capable de donner une issue heureuse à une situation perdue d’avance.
Paul souligne, dans l’expérience de foi qu’il a connue ici, plusieurs vérités importantes pour chacun de nous :
1) Dans la vie chrétienne, c’est au travers des impossibilités auxquelles nous sommes confrontés, que naît et se développe notre foi. C’est vrai pour le premier pas de foi que nous faisons (la confiance en Christ pour notre salut), et cela le reste pour tous les pas suivants. Avoir la foi, c’est rendre les armes, refuser de se fier à ses propres ressources et capacités, et s’en remettre complètement à Dieu. La foi n’est pas un effort, mais un abandon.
2) Dans la vie chrétienne, les expériences de foi que nous faisons constituent la base à partir de laquelle Dieu nous appelle à Lui faire confiance pour les difficultés à venir qui se présenteront à nous : verset 10b. Le vécu du passé sert de base pour la difficulté du présent et nous prépare pour celles à venir. D’où les appels incessants de Dieu à Israël pour qu’il se souvienne de ce qu’Il a fait pour lui en Egypte : le Dieu qui les a fait sortir d’Egypte ne pouvait-il pas les mener à bon port à Canaan ?
Jésus, nous rappelle l’épître aux hébreux, est à la fois, le chef et le consommateur de notre foi, Celui qui lui donne naissance et qui la mène à son terme ou son plein développement : (Hébreux 12,2). les impossibilités et la souffrance sont les terrains de mise en situation les plus aptes à nous faire progresser dans la foi.
4ème bienfait : la participation aux souffrances de Christ nourrit notre espérance : verset 9b.
N’étant pas sûr de l’issue de la tribulation qu’il traversait, Paul dut, dans la foi, porter son regard au-delà des réalités du visible vers l’invisible et la sécurité des promesses de Dieu pour sa vie. La foi, rappelons-le, dit l’auteur de l’épître des hébreux, n’est pas la possession immédiate, mais l’assurance des choses qu’on espère. Et, bien que sauvé par la foi, c’est, dit Paul, seulement en espérance que nous sommes sauvés… : (Romains 8,24-25). Tant que nous sommes dans ce corps et dans ce monde, la joie qui nous est réservée est à venir et c’est seulement par la foi que nous pouvons l’appréhender.
Or, comme le dit (Hébreux 12,1-2), rien ne fait davantage briller le trésor de notre espérance que le fait comme Jésus de passer dans cette vie par des moments où il n’y a devant nous plus rien d’autre que la souffrance ou la perspective de la mort. Dans ces moments, tragiques sur le plan humain, nous pouvoir avoir une certitude réjouissante : (1 Pierre 4,12-13).
5ème bienfait : la participation aux souffrances de Christ stimule le peuple de Dieu à la prière.
Lisons et regardons tous les bulletins qui nous sont envoyés par les missions dans le monde entier. Quelle est, si ce n’est la souffrance, la raison majeure invoquée pour laquelle elles sollicitent la prière de l’Eglise ? Il n’y en que très peu d’autre : l’enseignement, la liberté… Bien que difficile, l’expérience de la souffrance est de loin le moteur principal de la prière, des supplications et de l’intercession du peuple de Dieu partout dans le monde. Elle est aussi, après que Dieu soit intervenu l’occasion la plus réjouissante de Lui rendre grâces.
C’est lorsque Jésus a vécu la plus grande angoisse et la plus grande agonie que sa vie de prière s’est faite la plus intense : (Luc 22,44).
Que le Seigneur nous aide dans notre vie et nous apprenne à nous réjouir de la part que nous avons aux souffrances de Christ. Elles participent non seulement à notre salut, mais aussi à celui du monde : (Colossiens 1,24).
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Gilles Georgel est pasteur évangélique en Picardie (France) et est marié à Lydia, infirmière. Il est père de cinq enfants. Il l'auteur du livre "Le Grand Visiteur", un livre d'évangélisation sur Jésus. Il est aussi l'auteur du blog chrétien de réflexion et d'apologétique "Pour que tu croies".